Alors que la saison est désormais pleinement lancée, le Président Pierre Ferracci nous a livré une interview afin d’évoquer de nombreux sujets : le repêchage tardif en Ligue 2, les premiers mois de la fusion avec le FCF Juvisy Essonne, le projet de centre de formation, l’amélioration des infrastructures du club…
Le Paris FC a subi un été mouvementé avec notamment un repêchage très tardif, prononcé le 25 juillet à trois jours de la reprise du championnat…
La période qui a précédé cette annonce fut très difficile à gérer parce que l’on savait qu’il y avait une possibilité d’accéder à la Ligue 2 mais avec aucune certitude. Le SC Bastia s’est battu à juste titre jusqu’au dernier moment pour essayer de se sauver. Nous avons dû attendre jusqu’au 25 juillet avant d’avoir la décision définitive et ça a forcément perturbé la vie du club. C’était à la fois un immense plaisir, et compliqué à gérer au niveau administratif et sportif, notamment au niveau du recrutement. Nous avions recruté pour évoluer dans le championnat National, même si on voulait faire une belle équipe susceptible de monter en Ligue 2. Cette annonce a finalement mobilisé tout le club de façon dynamique pour travailler dans l’urgence, mais c’était pour la bonne cause. Je pense tout de même que cette montée est méritée car il ne faut pas oublier que la troisième place donnait l’accession directe en Ligue 2 jusqu’à l’an dernier. On a été les premiers à hériter du barrage, que l’on a perdu.

Jugez-vous préjudiciable que les instances se prononcent aussi tardivement ? Certaines procédures doivent-elles être revues ?

Bien évidemment, il faut avancer les procédures, et je pense notamment que l’analyse des résultats économiques et des budgets pour l’année suivante doit se faire beaucoup plus tôt, de façon à ce que lorsqu’on nous demande de remplir des documents de la DNCG, les comptes ne soient pas arrêtés. Le faire un mois plus tôt serait plus judicieux. Entre le 15 mai ou le 15 avril, cela ne change pas grand chose, et cela permet de donner des délais de recours raisonnables et d’être prêts au plus tard le 25 juin. Le 25 juillet c’est tout simplement catastrophique ! On en rigole un peu aujourd’hui car il y a la bonne opération d’être en Ligue 2, mais je passe sur des anecdotes comme le déplacement à Ajaccio en plein mois d’août où l’on paye plus cher. J’espère que la LFP, tout comme la FFF, feront en sorte de donner des délais plus raisonnables à l’avenir.

« On avait pris de l’avance pour le recrutement »

Et à cette date, vous aviez quasiment bouclé votre mercato pour le championnat National…
Exactement. Pour la première fois, et à juste titre, on avait pris de l’avance au niveau du recrutement car la cellule a bien avancé tout au long de l’année. On avait des cibles très bien identifiées et on a fait vite pour commencer la préparation dans de bonnes conditions. Mais du coup c’était un petit piège. Pour débuter en Ligue 2, nous devions tout de même avoir un effectif de qualité. Et si on nous avait dit qu’au bout de 9 journée on aurait eu 17 points, je ne l’aurais pas cru ! Cela veut dire que l’effectif recruté pour le National était d’excellente qualité, et que les joueurs prouvent que la Ligue 2 ne leur fait pas peur.
Vous avez choisi une stratégie de recrutement différente d’il y 2 ans. Quelles sont les leçons que vous avez retenues
?
Soyons clairs, cette année nous avons un Président, un Manager Général et un coach qui s’entendent parfaitement, ce qui n’était pas le cas il y a deux ans. Cela avait donné lieu à un recrutement pléthorique car chacun arrivait avec ses briques, et à l’arrivée, de concessions en concessions, on est arrivé avec un effectif très important et un recrutement souvent à la dernière minute, sans apprécier de la qualité des joueurs et leur santé physique. Là, on a fait un recrutement dans le bon ordre, avec une parfaite harmonie entre nous.

« L’objectif est de se maintenir »

Êtes-vous satisfait de l’effectif ?

L’effectif a, certes, un manque d’expérience, mais qui est compensé à la fois par la qualité des joueurs, et par la dynamique liée à la montée. Il y a aussi une bonne ambiance, et il faut souligner le travail important du staff technique pour souder et assurer la cohésion du groupe. Nous en sommes satisfait. Si personne ne tombe dans l’euphorie, car on aura des moments difficiles et la saison est longue, mais les 16 points que nous avons, personne ne nous les arrachera, et ça peut peser très lourd en fin de saison. L’objectif du club cette année est de se maintenir. Un objectif d’autant plus important que le maintien est synonyme d’ouverture du centre de formation !

Le mois de juillet a aussi été marqué par le rapprochement avec le FCF Juvisy Essonne. Comment se déroulent les premiers mois de collaboration ?

Très bien. C’est toujours compliqué de fusionner deux clubs qui ont des histoires différentes. En plus, Juvisy est un club qui a un grand passé, mais exclusivement féminin. Cela nous apporte une dimension dans ce domaine que l’on n’avait pas, et une présence en Division 1 avec des internationales qui jouent en Équipe de France en ce moment. On a surmonté les petits problèmes et les choses se mettent en place tranquillement. En plus, l’équipe première a bien démarré la saison en D1 féminine, comme les hommes, avec deux victoires. Il y a aussi une bonne ambiance et la fusion commence petit à petit à produire ses effets, et le rapprochement est prometteur.

Quel sera l’objectif sportif cette saison ?
L’objectif est de se retrouver dans les quatre premières places, ce qui est plutôt une habitude de Juvisy. C’est de moins en moins facile car les budgets des équipes de D1 augmentent, et les clubs ont la perspective de la Coupe du Monde 2019. La Fédération insiste aussi beaucoup pour que les clubs professionnels soient présents dans ce domaine. La saison ne va pas être simple, mais l’équipe est de qualité et le démarrage plutôt prometteur.

« S’installer durablement dans le monde professionnel »

Il y a deux ans, vous aviez déclaré vouloir être en Ligue 1 en 2019 pour les 50 ans du club. Cet objectif est-il toujours d’actualité ?

Il y a deux ans, je n’envisageais pas que l’on redescende tout de suite. Ce sont les accidents de l’histoire qui font mûrir et grandir. L’objectif aujourd’hui est de s’installer durablement dans le monde professionnel. Et si on reste en Ligue 2 durant 3 ou 4 saisons, cela ne sera pas un problème car en attendant, comme je l’ai évoqué tout à l’heure, on aura créé le centre de formation. Cela voudra dire que l’on pourra proposer un contrat d’aspirant à 15 ans, un contrat professionnel avant 20 ans, ce qui est aujourd’hui interdit pour le club. On aura ainsi une capacité à garder plus facilement nos meilleurs jeunes, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui puisque nous sommes pillés chaque année. S’installer dans le monde professionnel, avoir ce centre de formation, et réussir notre fusion avec Juvisy, est tout à fait fondamental.

Après, l’objectif de la Ligue 1 restera l’objectif du club pour les prochaines années. Si on le fait plus vite ce sera tant mieux, mais on ne va pas brûler les étapes car on a perdu du temps en descendant, c’est clair. On a la chance extraordinaire de d’être remonté dès la première année, et ce n’est pas parce que l’on fait un début de saison, que tout le monde considère prometteur, que l’on va se prendre pour une équipe qui joue la montée ! Le championnat est très long, on sait qu’on aura des moments difficiles, et c’est un championnat très serré, on le voit. Rappelons qu’en décembre dernier, on était avant dernier de National ! On ne va pas se prendre pour plus que ce qu’on est. Je vais reprendre le terme de notre capitaine Hervé Lybohy « On sait d’où l’on vient ».

« Ouvrir le centre de formation en juillet 2018 »

Un maintien en Domino’s Ligue 2 pourrait permettre au Paris FC d’ouvrir un centre de formation. Comment préparez-vous ce dossier ? Avez-vous ciblé des lieux pour installer le centre de formation ?
C’est un dossier compliqué parce que le problème de notre club est qu’il a toujours eu un gros souci en termes d’infrastructures. Nous avions la volonté d’implanter le centre de formation, de manière logique, à Choisy-le-Roi auprès de l’équipe première, mais cela semble aujourd’hui quasiment impossible, même si cela n’est pas tout à faire perdu. La Mairie de Paris nous propose d’aller à Orly, et nous sommes en train d’étudier le sujet. En tout état de cause, nous devrons prendre une décision à la fin du mois d’octobre au plus tard pour être prêt en juillet 2018. Si nous parvenons à nous maintenir, il faut que les infrastructures soient prêtes, et il y a un cahier des charges extrêmement lourd pour obtenir cet agrément, donc on veut à tout prix le faire pour juillet 2018, et le choix du lieu est déjà une question essentielle. J’espère que nous trouverons, à Choisy ou à Orly, le terrain idéal pour bâtir ce centre de formation et aller de l’avant car pour le projet du club, sur le plan sportif et économique, cela est indispensable.
S’appuyer sur des infrastructures existantes permettrait un gain de temps.
Tout à fait. Du côté d’Orly nous avons quelques possibilités immédiates avec des infrastructures déjà en place. A Choisy cela devient un peu plus compliqué car il faut partir de rien et construire. Je regrette que l’on n’ait pas avancé plus vite sur le dossier de Choisy, et que l’on se soit heurté à une incompréhension sur ce qui pourrait être demain à Choisy un club professionnel doté d’un centre de formation. Je crois que cela ferait du bien à cet espace, et que l’on peut y concilier un centre de loisirs et un centre d’entrainement sportif avec une équipe qui évolue dans le monde professionnel. C’est pour cela que je crois que la solution d’Orly tient plutôt la corde, mais on n’a pas encore pris de décision définitive. On doit très prochainement rencontrer Jean-François Martins, l’adjoint à la Mairie de Paris et chargé des sports, pour faire le point et avancer.
Et tout aussi important, on a vu avec Pierre Dréossi et Frédérique Calandra, la Maire du 20ème arrondissement, pour développer les infrastructures du stade Déjerine pour la préformation. On s’entraîne aujourd’hui dans des conditions qui ne sont pas satisfaisantes pour un club de ce niveau. Je rappelle que le Paris FC a aujourd’hui six équipes en « National », avec deux du côté des féminines et de l’ex club de Juvisy (D1 féminine, U19 Nationales), et quatre pour les masculins (Ligue 2, National 3, U19 Nationaux, U17 Nationaux). Cela fait beaucoup d’enjeux et d’obligations et il faut que l’on ait des moyens à la hauteur de ces dernières.

« On fait des exploits au quotidien »

L’objectif est-il de garder un pied dans le 20ème arrondissement ?
Nous voudrions que non seulement la préformation soit développée et installée à Déjerine car c’est notre lieu historique, mais que le siège social y soit aussi. On a fait un projet que l’on a travaillé avec les architectes de la ville de Paris, dont j’espère qu’il va prospérer rapidement, qui implique tout cela. Il faut que les infrastructures du club progressent car elles ne sont pas en harmonie avec les résultats sportifs que l’on a obtenus et dont beaucoup n’apprécient pas dans quelle difficulté nous les avons obtenus. Je crois qu’avec les infrastructures que l’on a, on fait des exploits au quotidien, et merci aux éducateurs, tous les staffs concernés, et au personnel administratif, car c’est un équilibre permanent qui est parfois compliqué à trouver.
Le Paris FC est-il toujours intéressé par les installations du Racing à Colombes ? Pouvez-vous nous dire où en sont les discussions ?
Les discussions n’ont jamais été interrompues. Nous sommes intéressés par un rapprochement avec le Racing car il est un club formateur de l’Ouest de Paris et cela peut avoir du sens de ce point de vue là, même s’il est tombé sur un niveau sportif qui n’est pas tout à fait en rapport avec son passé, mais nous sommes aussi intéressés par les installations. Nous avons toutes ces incertitudes autour de Choisy et il fallait bien que l’on réfléchisse à plusieurs pistes, donc nous n’avons pas tout à fait abandonné la relation avec le Racing. Et cela peut être une position de repli intéressante si l’on n’arrive pas à concrétiser nos démarches à Choisy ou Orly demain.
Quelle type de relation envisagez-vous avec le Racing ?
Cela ne serait pas forcément une fusion, mais cela pourrait être un partenariat. Ce n’est pas toujours par la fusion que l’on règle des problèmes. Il y a plusieurs pistes évoquées et je continue d’avoir des relations avec le Président du Racing qui a aussi ses propres contraintes et objectifs, mais il n’est pas impossible que l’on arrive un jour à quelque chose.

« Il faut se structurer maintenant »

Le Paris FC effectue également un travail depuis quelques saisons sur sa structuration, que ce soit avec les administratifs ou les éducateurs. Est-ce une étape indispensable du projet ?
On a eu une période compliquée à gérer avec la descente de Ligue 2 à National. A la mi-décembre dernier on se demandait même si on n’allait pas descendre en CFA. Cela rend un peu difficile la gestion des contraintes administratives que l’on a à surmonter, mais j’espère que l’on va s’installer durablement en Ligue 2 et poursuivre nos bons résultats en D1. Il faut se structurer maintenant, et avec l’aide de Pierre Dréossi on réfléchit à la manière d’organiser tout cela en mettant les bonnes personnes aux bons endroits. On est toujours dans une phase de construction, et il y a donc beaucoup de polyvalence à attendre des cadres administratifs. Il faut aller de l’avant car on est tout de même un peu juste sur le plan commercial, financier, administratif et juridique. On vient de voir avec l’obtention de la Licence Club, qui pèse quelques centaines de milliers d’euros sur le budget du club, qu’il y a beaucoup de contraintes qui sont aujourd’hui imposées par le cahier des charges de la LFP. C’est une bonne chose globalement car cela oblige les clubs à grandir et à se formater pour donner au football professionnel plus de consistance et d’allant qu’il en a aujourd’hui.
L’accession en Domino’s Ligue 2 ouvre de nouvelles perspectives sur le plan des partenaires. Quelle est votre ambition sur ce point ?
L’ambition est d’avoir à côté de VINCI deux autres gros partenaires. J’espère le plus vite possible maintenant. Et plusieurs partenaires de moindre importance qui font aussi vivre le club. Et l’objectif de ce point de vue là, et cela se mettra en place en différentes étapes, est d’avoir une dimension régionale, nationale et européenne. Régionale c’est fédérer des grosses PME de la région parisienne. Nationale c’est de grands groupes qui ont un intérêt à investir dans le sport, le social ou le sociétal, car le sport est souvent lié à des enjeux plus larges. Et puis en Europe car on vit en Europe et cela donne une dimension qui évite d’aller chercher parfois plus loin les partenaires qui nous sont indispensables. C’est sûr que l’accession en Ligue 2 facilite un peu les choses, et la fusion avec Juvisy aussi car le football féminin a une bonne image et on est en train de rectifier des partenariats existants et d’en acquérir de nouveaux. La Taxe d’Apprentissage est tout aussi important que le sponsoring ou le mécénat et tous les petits partenariats sont les bienvenus.

« Ce club mérite un succès populaire plus important »

Le club peine pour le moment à attirer des spectateurs à Charléty.
Il faut que le club trouve un public qui lui soit dédié. C’est encore très insuffisant aujourd’hui, mais en même temps nous avons des supporters fidèles, et de plus en plus bruyants dans le bon sens du terme. Ils sont de plus en plus à Charléty et cela est très bien. Je veux les remercier, et d’autant plus qu’ils sont aussi un certain nombre à nous suivre à l’extérieur, et les joueurs apprécient beaucoup ! Bien sûr qu’ils aimeraient qu’ils soient plus nombreux, mais ils apprécient la chaleur que cela dégage. Il faut que l’on redonne à ce club une identité qu’il avait il y a très longtemps et qu’il a un peu perdu par la suite. Là aussi son entourage populaire n’est pas en rapport avec les performances qu’il a déjà réalisées. Six équipes en « national », un club formateur qu’on lui reconnait, un bon début de saison en Ligue 2 aujourd’hui… On peut dire que l’on est redescendu brutalement en National, mais il faut tout de même souligner que l’on est monté deux fois ! Ces performances méritent un succès populaire plus important, à charge pour nous de travailler, de médiatiser le club, de travailler sur les réseaux sociaux, et je crois que cela donnera au club une dynamique encore plus importante. Ce que font nos supporters est méritoire et je ne manque pas une occasion pour aller les saluer, que ce soit en déplacement ou à Charléty, et il faut que tout continue à bien se passer car aujourd’hui nous sommes satisfaits de la relation que nous avons avec eux.