Notre capitaine et numéro 17 Gaëtane Thiney évoque le choc contre l’OL, fait un bilan de la première partie de saison, évoque les forces de l’effectif, l’Équipe de France et son double projet. Entretien.

Commencer l’année en recevant Lyon à domicile, ça t’inspire quoi ?

Je pense que c’est un défi pour l’équipe. Jouer Lyon c’est toujours compliqué, il ne faut pas se voiler la face. En plus, on a pris quand même pas mal de buts au match aller, même si on en a marqué deux. Il faut attaquer ce match avec confiance et se dire qu’elles ont toujours très envie de nous battre. Donc ça peut être une faille intéressante pour nous, vu qu’il y a un enjeu.

Que penses-tu de l’équipe de Lyon cette année ?

C’est une très bonne équipe, qui se projette vers l’avant, a confiance en elle et compte des joueuses expérimentées et de niveau international. Voilà,l’OL possède des joueuses étrangères quasiment de niveau top 10 mondial, des joueuses françaises très performantes et je trouve que l’assemblage est pas mal. Après, je n’ai pas vu beaucoup de gros matchs cette année, on en verra peut-être plus en Ligue des champions. En tout cas, c’est une équipe très performante.

Par rapport à ce match, quel scénario souhaiterais-tu ?

Je souhaite qu’on marque à la dernière seconde, le but vainqueur (rires)… Pour éviter tout retournement… Le même scénario qu’à Bordeaux serait parfait (victoire 3-2).

Comment t’es-tu sentie personnellement sur la première partie de saison ?

Hum, bien. Bien en début d’année mais je reste déçue car je veux toujours faire un peu mieux et un peu plus, collectivement et individuellement. Alors ok, j’ai marqué des buts et fait des passes décisives mais j’aurais aimé mieux faire encore car je pense qu’on a le potentiel pour être plus performantes et j’espère que ce sera le cas sur cette deuxième partie de saison.

Justement, as-tu des objectifs personnels et/ou collectifs sur cette deuxième partie ?

Surtout collectifs, je ne porte pas trop d’importance aux statistiques. En fait, c’est l’environnement qui y porte de l’importance, mais je trouve que l’avant-dernière passe est souvent celle qui crée le décalage. Donc ça, par exemple, ça vient fausser les statistiques. Alors pour objectifs individuels : permettre à l’équipe d’être plus performante, en marquant et en faisant marquer, tout simplement parce que mon poste le demande. Et pour les objectifs collectifs : essayer de gagner la coupe de France, et être toutes ultra performantes.

Selon toi, quels sont les points forts de l’équipe cette année ?

Je pense que notre point fort c’est notre potentiel. Le seul souci, c’est qu’on a du mal à l’exprimer selon les équipes que nous affrontons.Nous avons une équipe remplie de joueuses de talent avec des qualités très différentes mais compatibles. C’est ça notre qualité, avoir des profils différents. On a des filles qui sont explosives, qui vont vite, d’autres qui sont hargneuses et récupèrent les ballons. Une sorte de meelting pot que l’on retrouve même en termes de personnalités et de cultures. Je pense que c’est notre plus grande force et qu’il faudrait même s’appuyer un peu plus là-dessus. On a plein de qualités, il faut savoir les organiser ensemble.

Comment mettre Lyon en difficulté ?

Je ne peux pas donner la tactique avant… (rires). Mais je pense qu’il faudra faire preuve d’un peu de folie. S’il y a bien un point commun à toutes les joueuses de notre équipe, c’est cela. Donc si on peut, dans notre jeu, avoir un peu de folie et surtout éviter d’être ce que l’on n’est pas naturellement ; c’est-à-dire stéréotypées, formatées et trop sérieuses. Alors peut-être qu’on pourra les avoir comme ça. La folie c’est aussi aller de l’avant, tenter des choses qu’on n’aurait pas tentées avant.

Tu es capitaine de ce groupe, comment vois-tu ce rôle ?

Vis-à-vis de ce groupe, j’essaye de transmettre avec ma personnalité ce que le club m’a apporté comme valeurs. Dans un groupe, tout le monde a besoin de modèles. Mais il n’y a pas que moi, je porte le brassard et je prends mes responsabilités dans ce sens, je pense que ce groupe a besoin de plusieurs leaders. Je suis là pour observer et faire en sorte que tout le monde se sente bien. Ce n’est pas un rôle si simple, mais je suis fière d’être capitaine de cette équipe. Et fière de toutes les joueuses qui la composent. Ma seule frustration c’est que tout le monde ne croît pas assez en son potentiel et au potentiel de l’équipe.

Tu n’as pas encore été sélectionnée en équipe de France cette saison, comment le vis-tu ?

Je le vis avec détermination. Je me fixe l’objectif d’y retourner, donc j’essaye d’être performante. Je l’ai été en début de saison, maintenant, la seule chose que je peux faire c’est continuer à travailler au quotidien. Je me mets comme lignes directrices le travail, la rigueur et l’envie de prendre du plaisir sur le terrain. Et si alors je dois être convoquée en Equipe de France, je serais, comme à chaque fois que j’ai été appelée, très honorée de représenter la France. Aujourd’hui, je suis toujours sur les terrains, j’arrive encore à être performante et à ne pas me blesser donc ça prouve au moins que j’ai cette force mentale de vouloir toujours m’accrocher à mes objectifs. L’Equipe de France est quelque chose d’extraordinaire. Il y a une coupe du monde en France et je vais tout faire, non pas pour aller à la coupe du monde, mais pour y être performante.

As-tu un mot à adresser aux fidèles supporters du club et à ceux présents dans les tribunes aujourd’hui ?

Et bien merci de nous suivre. Je pense que pour un supporter, l’identité et les valeurs que le club représente sont importantes afin de s’y identifier. Alors j’imagine que le fait qu’on ait fusionné, changé de nom et de couleurs, a été une étape pour les supporters également. Juvisy est toujours là, dans nos cœurs, et on vit une nouvelle aventure avec le Paris FC. J’espère que les supporters continuent de nous suivre et n’hésiteront pas à venir plus nombreux.

Tu as toujours encouragé tant que possible la notion du double projet pour le sportif de haut niveau, peux-tu nous parler du métier que tu exerces à côté du football ?

Je suis Conseillère Technique Nationale au sein de la Direction Technique Nationale de la FFF. Je suis professeure des sports, cadre d’État et je dépends du ministère des Sports. A ce titre, je suis placée auprès de la fédération pour exercer des missions de développement du football. Objectif développer le football des enfants (U6-U13). Avec un groupe de travail de douze personnes, nous mettons en place des projets d’uniformisation de la pratique du football au niveau amateur. Concrètement, l’idée est de savoir si un enfant aujourd’hui s’épanouit et progresse sur le terrain. Nous avons effectué plus de 1200 observations sur les terrains de France l’année dernière. Le football des enfants c’est 700 000 licenciés, donc nous devons être à même de proposer une pratique adaptée à la demande en se modernisant et s’adaptant à la nouvelle génération. On réfléchit à tout ça et c’est top.