Son après-carrière, son regard sur le football féminin, son avis sur le rapprochement entre le Paris FC et le FCF Juvisy, son engagement auprès de l’association Equal Playing Field… Petit tour d’horizon avec notre ancienne joueuse emblématique Sandrine Dusang qui a mis fin à sa carrière en fin de saison dernière.

Cela fait maintenant un an que tu as arrêté ta carrière de footballeuse. Comment se déroule ta nouvelle vie ?

Très bien ! C’est vrai qu’en étant à Juvisy, j’avais eu l’opportunité de préparer un peu ce que j’allais faire par la suite. Donc j’ai tout simplement continuer à faire ce que je faisais lorsque j’étais joueuse: écrire pour le site internet Foot d’Elles. Et ça se passe bien, j’ai un rôle de consultante et de journaliste… L’avantage de bosser sur internet, c’est que tu peux le faire de partout, donc je continue de faire cela à distance. Je vis désormais à Montpellier et profite de la vie dans le sud, c’est un gros changement mais ça fait du bien (rires), c’est une vie quand même bien différente de la vie dans la région parisienne.

Qu’est ce qu’a représenté le football pour toi ?

Alors c’est une question que l’on me pose souvent… Et je ne dirais pas que le football représente TOUT mais, en tout cas, ça a occupé une grande place dans ma vie. Et je pense que ça l’occupera encore pendant pas mal d’années, même si ce sera forcément d’une façon différente. C’est quelque chose qui m’a permis de m’épanouir, d’avoir des émotions que je n’aurais probablement jamais eues dans autre chose. J’ai remporté des titres, mais au delà de ça je retiens cet esprit d’équipe, cette notion de partage, d’avoir des coéquipières qui deviennent des amies, de rencontrer pleins de gens de partout en fait, de toutes nationalités, d’horizons complètement différents… J’ai toujours dit que le sport, et notamment le football, était une belle école de la vie… et dans le fond c’est exactement ça. Je suis ravie d’avoir pu vivre tous ces moments, d’avoir eu la carrière que j’ai eue avec les rencontres que j’ai pu faire.

Es-tu une amatrice du football en tant que spectatrice ? Suis-tu un championnat en particulier, à part la D1 féminine?

Oui, bien-sûr. Je pense que la plupart des joueuses sont des passionnées de football. Moi forcément, de part le travail que je fais, je suis amenée à suivre assidûment le football féminin dans sa globalité. Je m’intéresse à d’autres championnats, notamment à la Bundesliga, au championnat espagnol car ils sont en train de faire des trucs sympas, il y a de belles équipes qui se montent, le championnat italien également et, forcément, le championnat américain. Je suis aussi les équipes nationales, surtout sur les grosses compétitions… Du coup, j’ai tendance à limite mieux connaître le foot des filles que celui des mecs. Mais je prends toujours plaisir à regarder le Paris SG, Barcelone ou le Real Madrid parce que, voilà, tu peux en tirer que des leçons, c’est du spectacle et c’est toujours appréciable de voir ce genre de matchs. Et puis, je ne vais pas dire que je ne regarde pas le football masculin alors que la télé est toujours allumée en ce moment avec la Coupe du monde (rires)…

La saison passée, tu as quitté le FCF Juvisy au moment de la fusion avec le Paris FC, que penses-tu de ce rapprochement?

Je pense que c’est quelque chose dont le FCF Juvisy avait besoin parce que c’est vrai que depuis plusieurs saisons, on avançait mais on sentait qu’il commençait vraiment à manquer un truc. Ça devient très difficile de suivre Lyon, de suivre Paris, de suivre Montpellier qui s’est bien relancé aussi. Je n’ai pas vécue cette saison de l’intérieur, mais j’imagine qu’il existe aussi des difficultés à basculer dans un nouveau projet, à découvrir de nouvelles choses avec de nouveaux dirigeants, etc. En tout cas je pense que c’était quelque chose de nécessaire.

Quel oeil portes-tu sur la saison du Paris FC qui a obtenu la quatrième place du championnat?

Il faut se dire que tout ne se fera pas en un jour. On sent que ça a été un peu compliqué par moments, notamment sur la deuxième partie de saison où on se disait: « Mais elles ne vont jamais décrocher une victoire ou quoi? ». C’était un petit peu poussif, mais il faut se laisser du temps pour s’adapter à un nouveau projet.

Il y a pas mal de gens qui s’attendaient à ce que cette fusion entre Juvisy et le Paris FC apporte des résultats tout de suite. Je ne m’attendais pas forcément à ce que le Paris FC « casse tout » directement cette saison, mais le sentiment est mitigé car, même si le projet a évolué, que le club a changé de nom, il n’empêche qu’il y a quand même un effectif de qualité, avec des individualités plutôt fortes. Laissons les choses continuer à se mettre en place pour que ça se développe et que le Paris FC arrive à trouver sa place.

Cela fait deux années de suite que tu t’es engagée avec l’association Equal Playing Field qui lutte contre les inégalités hommes/femmes. L’an passé, vous avez gravi le Mont Kilimandjaro en Tanzanie, cette année, tu es allée jouer un match en Jordanie… Pourquoi ce sujet te tient-il tant à cœur ?

Et bien, les inégalités hommes/femmes, que ce soit dans le monde sportif ou dans la vie de tous les jours, on y est quand même souvent confrontés. Il y a donc ce premier volet là, où tu te dis tout simplement que c’est bien de montrer que les femmes sont capables de faire aussi bien, voire mieux, que les hommes par moments. Ensuite, l’idée est de promouvoir la pratique du football féminin. Montrer que des femmes peuvent jouer au foot quelque soit l’endroit, quelque soit le pays. Equal Playing Field fait en sorte d’ouvrir les esprits, de casser un petit peu ces barrières qu’il peut y avoir et donner la chance à tout le monde de pouvoir taper dans un ballon.

On ne rentre pas forcément dans la problématique économique, on sait très bien que le football masculin dégage beaucoup plus d’argent que le football féminin même si, évidemment, on se réjouit lorsqu’on voit une équipe nationale réussir à obtenir les même primes que l’équipe nationale des garçons, comme ça a été le cas ailleurs pour pas mal de pays récemment (exemple avec la sélection de la Norvège – ndlr). Equal Playing Field veut surtout ouvrir les yeux du monde sur le fait que l’on interdit encore aujourd’hui à certaines femmes de jouer au football…

Peux-tu nous raconter comment tu as vécu ces expériences hors du commun ? Qu’est-ce que ça a changé pour toi ?

Franchement… Ca a changé ma vie ! Déjà, à la base, je n’étais pas forcément du genre à me dire: « Aller, je prends mon sac à dos, je pars à l’aventure ». Et depuis le Kilimandjaro (Record Guinness: match de football disputé à la plus haute altitude, 5729 mètres après ascension en trek, sur le Mont Kilimandjaro en juin 2017 – ndlr), je suis super ouverte à ce genre de trucs. Même s’il faut marcher des heures, je suis carrément contente.

L’aventure du Kilimandjaro représentait un gros challenge sportif, parce qu’il a fallu le grimper – ce qui est, en soi, un exploit- et puis parce qu’on y a joué un vrai match de football de deux fois quarante-cinq minutes, avec quarante pour cent d’oxygène en moins, sur du sable. Et ça, c’était un peu l’enfer, je ne vais pas vous mentir (rires). Avec du recul, je me dis qu’il faut même être un petit peu inconsciente pour faire ça. Mais en même temps ça m’a procuré des émotions incroyables, ça restera un des moments forts de ma vie. C’est inoubliable et, encore une fois, ça t’emmène à rencontrer des gens et à créer des relations vraiment particulières avec des personnes que tu connais seulement depuis une semaine.

Cette année, en Jordanie, l’objectif était de faire l’inverse: jouer le match le plus bas. Mais en fait, ça a été bien au delà. Je pense qu’il y a même eu un moment où j’ai oublié l’enjeu du record car nous avions mis en place des petits camps d’entrainement, avec les jeunes filles du village où nous étions. Au niveau humain, ça a été encore plus fort que le Kilimandjaro dans le sens ou l’on s’est vraiment retrouvées avec la communauté locale. On a voyagé un peu avec les bédouins, pendant quatre jours de trek. Sur les camps d’entraînement les gamines étaient tellement contentes de pouvoir taper dans le ballon, vous auriez vu le sourire qu’elles avaient… Quand tu es témoin de ça, tu te dis: « C’est bon on a gagné »… Le gros plus, c’est que grâce au Prince Ali (président de la fédération jordanienne de football – ndlr), un terrain synthétique a été construit pour l’occasion. Il porte d’ailleurs le nom de l’association: Equal Playing Field. Grâce à ce terrain, on laisse une trace de notre passage et ça c’est super.

Tu as un pied dans le monde des médias; tu es intervenue plusieurs fois sur la radio RMC Info, pour qui tu as notamment commenté la finale de Ligue des champions féminine 2017, et tu travailles pour le blog Foot d’Elles. Envisages-tu ton avenir dans les médias et le sport ?

Oui bien sûr, je l’envisage. C’est déjà un peu ce que je fais, ça me permet de rester au contact de ce que j’aime et notamment du football féminin. Je sais aussi qu’en faisant le choix de quitter la région parisienne, je me suis peut-être enlevé quelques opportunités professionnelles pour le moment. En tout cas, c’est quelque chose qui me plairait, pouvoir être consultante, intervenir sur certaines émissions, voire même de commenter des matchs…

Cette même finale, opposant l’Olympique Lyonnais au Paris SG, a réuni 3,5 millions de téléspectateurs lors de la séance des tirs au but. Toi qui as connu une certaine évolution du football féminin, qu’est-ce que t’évoque ce nombre?

Forcément, c’est cool de se dire que c’est de plus en plus regardé. Mais c’est aussi parce qu’on a donné plus d’interêt et de visibilité. Avant, puisque le football féminin ne passait que sur des chaînes payantes, il y avait moins de monde qui regardait. Je pense en fait que ça a toujours été un cercle vicieux entre guillemets; dans le sens où, à l’époque, à part Eurosport qui a été le premier à diffuser le football féminin, tu avais un peu la sensation que les médias voulaient bien parler de toi seulement si tu avais des résultats. Alors que de notre côté, nous avons sans doute eu des moments où l’on se disait: « S’ils nous apportaient un peu de soutien financier, on aurait plus de résultats ». Donc c’est un processus qui a pris un peu de temps. Je pense qu’il y a eu quelques résultats qui ont aidé, notamment la Coupe du monde 2011 en Allemagne (défaite de l’équipe de France en demi-finale – ndlr) qui a permis de montrer qu’il y avait vraiment quelque chose à faire autour du football féminin. Je pense aussi que les prestations de Lyon et du Paris SG ont amené un certain intérêt autour de la pratique. Aujourd’hui, le cercle commence à tourner dans le bon sens. Il y a encore beaucoup de choses à faire et ça devrait continuer à évoluer. En tout cas, il y a déjà eu un pas de géant de fait.

La saison prochaine, les matchs de D1 seront retransmis sur les chaînes du groupe Canal+, qu’est-ce que cela t-inspire?

Je trouve ça top, encore une avancée. Pas mal de gens peuvent se dire que Canal+ est une chaîne payante, qu’il va falloir être abonné. Mais Canal+, c’est aussi des chaînes sur la TNT, donc il y a des matchs qui seront ouverts à tout le monde et c’est la première fois qu’il va y avoir autant de matchs diffusés! Je suis super enthousiaste j’ai hâte que ça commence pour pouvoir suivre tous les matchs!

Quelle est la différence entre le football féminin français de tes débuts et celui que tu as connu sur la fin ?

Elle est énorme. On vient de parler de l’évolution, de l’engouement et de la médiatisation. Ça, c’est une première chose. Du côté du terrain, je dirais que ça s’est vachement professionnalisé. Le niveau a beaucoup progressé aussi. Je ne vais pas dire qu’à l’époque on était à la rue, parce qu’on faisait avec nos moyens, mais tu sens que les conditions d’entraînement sont meilleures. Ça se ressent dans le jeu, ça va plus vite. Au niveau athlétique, tu te retrouves avec des joueuses qui sont des vraies athlètes, bien plus qu’avant. Les clubs se développent et font en sorte de mettre les joueuses dans de meilleures conditions. A l’époque, on s’entraînait après le boulot, et pas tous les jours. On allait bosser toute la journée, on se changeait en dix minutes pour s’entraîner le soir. C’était un sacré rythme. On n’avait pas vraiment de vie entre guillemets, ou même de soirée…

Au niveau humain, malgré sa professionnalisation, le football féminin a toujours ce coté un peu plus léger que le football des garçons, aussi parce qu’il y a moins d’argent en jeu. Tu y crées facilement des liens, peut-être parce que tu te poses moins de questions et accordes facilement ta confiance. Comme je disais tout à l’heure, des coéquipières peuvent devenir des amies, mais ça peut aussi être des personnes du staff, de l’encadrement… Ma carrière m’a permis de rencontrer plein de gens de tous horizons, c’est super enrichissant.

Quels conseils donnerais-tu aux jeunes footballeuses débutant leur carrière?

Alors je vais faire un peu la rabat-joie (rires). Bien-sûr qu’il faut profiter de l’évolution du football féminin, si elles sont persuadées que c’est quelque chose qui leur plaît et qu’elles ont envie d’y aller à cent pour cent, il faut le faire sans hésitation. Mais c’est là où je vais être rabat joie, car il y a de plus en plus de jeunes filles qui affirment vouloir être joueuse professionnelle. Sauf que pour le moment, je pense qu’on n’a pas forcément la garantie que l’on peut vraiment être joueuse professionnelle. Premièrement, parce qu’il n’y a pas de place pour tout le monde et, deuxièmement, parce qu’une carrière ça ne dure pas toute une vie, même en tirant sur la corde… Bravo à celles qui vont jusqu’à quarante ans, mais bon… et avec les sommes qu’il y a dans le football féminin actuellement, une joueuse ne peut pas finir sa vie financièrement avec ce qu’elle aura mis de coté. Je souhaite à toutes ces jeunes filles qui ont envie d’être joueuses professionnelles, d’y arriver et de jouer à haut niveau dans de très bons clubs, mais, pour moi, il reste important d’avoir un minimum de bagage au niveau études pour avoir la possibilité de se retourner sur autre chose s’il se passe quoique ce soit durant la carrière, ou pour prévoir l’après-carrière.

Enfin, concernant ton avenir proche, as-tu des projets concrets qui vont se réaliser ? Un scoop peut-être?

(Rires) Pour le moment, il y a pas mal de choses qui sont assez floues, mais j’espère que certains projets vont se réaliser, notamment avec les Coupes du monde qui arrivent… pour celle de cet été (Coupe du monde féminine FIFA U-20 en Bretagne – ndlr), je suis accréditée donc j’y serai pour voir quelques matchs, ça c’est une certitude. La Coupe du monde de l’année prochaine, je pense que j’y serai aussi. On parlait tout à heure de la carrière que j’aimerais avoir, donc j’espère que j’aurais réussi a développer un petit peu ce coté là, que j’aurais eu d’autres opportunités pour me rapprocher un peu de mes objectifs professionnels.

A part ça, avec Equal playing Field – et je terminerais là-dessus, ça fera peut-être office de scoop (rires) – on commence à parler d’un projet… Quelque chose qu’on aimerait faire en France avant la Coupe du monde de 2019. C’est un record qui existe déjà, donc il faudrait faire mieux. L’idée, pour le moment, est de faire participer le plus de femmes possible à un seul et même match. Donc ça serait entre 2500 et 3000 participantes. Le principe est que le match ne s’arrête pas, et qu’on ait toujours vingt-deux actrices sur le terrain. Le match pourrait durer quatre, cinq, six jours. Voilà pour le futur projet d’Equal playing Field, et puis si ça change, et bah j’aurais l’air con… (rires).

Sponsors